El Othmani exhibe un bilan gouvernemental qui prête à controverse

​Le chef du gouvernement a présenté mardi 6 juillet, lors d’une session commune entre les deux Chambres du Parlement, le bilan de son mandat conformément aux dispositions de l’article 101 de la Constitution. En deux heures, Saâd Eddine El Othmani a listé les réalisations de l’Exécutif qu’il a qualifiées d’inédites, comme il a jugé le bilan de ce dernier « d’exceptionnel ». Le chef du gouvernement a également qualifié sa majorité d’homogène et cohérente, sachant que la séance de présentation du bilan gouvernemental a étonnamment connu une absence flagrante des ministres du RNI et de l’USFP, sans oublier que la dernière législature a été marquée par les prises de bec entre les différents membres de son équipe.

D’ailleurs, le Secrétaire Général du Parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka, qui a tenu une conférence de presse au siège de la MAP mercredi, a déclaré sans ambages qu‘’il est étonnant de voir des membres de la majorité voter contre des projets élaborés et présentés par le gouvernement’’. Dans le même contexte, le patron de l’Istiqlal a affirmé que le défi des prochaines élections est d’avoir ‘’un gouvernement plus cohérent et homogène qui évolue en coopération et qui a adopté une perspective capable d’accélérer le rythme du développement’’.

Social par excellence ?

‘’Un(e) Marocain(e) sur huit est en situation de vulnérabilité, et près d’un(e) sur cinq l’est en milieu rural’’, le rapport élaboré par Oxfam, une ONG internationale qui fait régulièrement des rapports sur la question des inégalités dans le monde et qui a dressé un état des lieux des inégalités dans notre pays, ne semble pas rejoindre les dires d’El Othmani. Contrairement à ce qui a été avancé par le chef du gouvernement, le rapport d’Oxfam met en relief une situation plutôt chaotique. Il cite qu’en 2018, les trois milliardaires marocains les plus riches détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. L’augmentation de leur fortune en un an correspondrait à la consommation de 375.000 Marocain(e) s parmi les plus pauvres sur la même période.

Les écarts de rémunération sont également frappants, alors que le SMIG est de 2 570 dirhams mensuels, « il faudrait 154 ans à une personne à ce niveau de salaire pour gagner l’équivalent de l’augmentation de la fortune dans une année de l’un des milliardaires du Maroc ».

Le rapport met en évidence les diverses expressions des inégalités –impalpables pour certains-, leurs manifestation territoriales en matière de services publics et par rapport au genre. La disparité territoriale en termes de pauvreté est aussi manifeste : celle-ci est sept fois plus importante dans le Drâa-Tafilalet (14,6%) que dans la région du Grand Casablanca (2%).

Talon d’Achille : éducation

Bien que l’Etat marocain consacre 25% de son budget à l’enseignement et qu’il envisage une « vision stratégique de la réforme de l’éducation » entre 2015 et 2030, selon l’UNESCO, le Maroc fait partie « des 25 pays les moins avancés en termes de scolarisation ».

En effet, l’éducation au Maroc présente de sérieux problèmes qui ont été sévèrement mis en avant par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Il est notamment dénoncé le niveau très faible des élèves de seconde en langue et en mathématiques. Le mauvais état général des salles de classe et des écoles a entraîné la fermeture de 9000 salles de classes et de plus de 1000 établissements scolaires. Certains établissements ne sont même pas raccordés aux réseaux d’assainissement, d’eau et d’électricité.

Depuis plus de cinq ans, les enseignants dits contractuels enchaînent les grèves à l’échelle nationale pour réclamer le statut de fonctionnaire du ministère de l’Education nationale. Le gouvernement d’El Othmani aurait même le privilège d’avoir effectué le plus fort bras de fer de l’Histoire du Maroc avec le corps éducatif du pays.

L’emploi

Lors de la même session, le chef du gouvernement a déclaré que ‘’Les programmes actifs d’emploi, lancés par le gouvernement, ont donné des résultats importants’’, en contradiction avec les statistiques sur cette question. En fait, le Haut- Commissariat au Plan a enregistré pendant la période de la pandémie la perte de 260.000 emplois dans le secteur des services, dont 196.000 en milieu urbain, dans le secteur agricole et de la pêche, 208.000 emplois et 61.000 emplois dans les secteurs industriel et artisanal.

L’économie nationale a enregistré une baisse des heures de travail par semaine de 494 millions d’heures à 394 millions d’heures, soit une baisse de 20%. Conséquence : des milliers de personnes n’ont plus d’espoir de trouver un emploi, le taux d’activité étant passé de 44,9 à 43,5% en 2021.

lire aussi

Nouvelles connexes