Ce que dit exactement Didier Raoult sur la vaccination dans ses vidéos YouTube

Une partie des membres fondateurs de l’IHU de Marseille ne souhaitent pas que Didier Raoult reste à la tête de l’établissement. En cause : ses récentes prises de position sur la vaccination. Nous avons visionné ses vidéos depuis trois mois. Entre omissions et imprécisions voici ce que dit Didier Raoult.

Dans ses vidéos hebdomadaires, le professeur Didier Raoult prend régulièrement position sur les vaccins contre le Covid-19. © Capture d’écran Youtube

Arrivé à l’âge de la retraite, le professeur Didier Raoult ne sera plus professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) au sein de l’Université Aix-Marseille et des Hôpitaux universitaires de Marseille à partir du 31 août, indique l’Assistance publique hôpitaux de Marseille (AP-HM), confirmant une information du Monde. Rien ne l’oblige à quitter ses fonctions à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) mais « un directeur qui n’est ni médecin ni chercheur n’est plus compatible en tant que membre fondateur de l’IHU ».

Selon l’AP-HM, Didier Raoult, âgé de 69 ans, aurait fait une demande de cumul emploi-retraite, afin de rester à la tête de l’IHU. Cette demande est à l’étude, mais pour l’instant l’avis des membres fondateurs serait, selon les informations de l’AFP, « défavorable » en raison des prises de position du professeur concernant les vaccins contre la Covid-19. 

« Depuis le début de la pandémie, il y a eu des désaccords, notamment sur la communication ou les pratiques médicales de l’IHU, mais, avec la question de la vaccination, un cap a été franchi », précise ainsi  au Monde le professeur Jean-Luc Jouve, président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HM. Dans son viseur, il y a les dernières vidéos publiées sur YouTube par Didier Raoult. Elles s’inscrivent dans la longue série des vidéos diffusées tous les mardis par le scientifique, qui durent entre 15 à 30 minutes, sans contradicteur. 

On connait les positions controversées du professeur Raoult sur l’usage de l’hydroxychloroquine pour traiter la Covid 19 mais que dit-il dans les nombreuses vidéos qu’il met en ligne sur YouTube, sur le vaccin ? Nous avons visionné les plus récentes pour compiler ses déclarations au sujet des vaccins actuels contre le Covid. Voici Didier Raoult dans le texte.

« Il y a une protection vaccinale incontestablement, mais ça ne correspond pas au taux de protection qu’il y avait dans la littérature »

« Nous, on est du côté des données réelles », affirme Didier Raoult dans sa dernière vidéo intitulée « Vaccin et variant Delta » publiée le 17 août : des données réelles certes, mais toujours limitées à celles collectées à l’échelle de son institut. Le professeur reconnait que la vaccination est « raisonnable » pour les plus de 65 ans, ceux qui ont des facteurs de risque importants et le personnel de soins. Mais le vaccin est « une arme comme les autres » et « pas une baguette magique », dit-il, en affirmant que les vaccins actuels ne diminuent que de 50 à 60% le risque d’infection, estimant donc que « la diminution du risque n’est pas aussi spectaculaire que ce qu’on dit dans la publicité ».

« Il y a une protection vaccinale incontestablement, mais ça ne correspond pas au taux de protection qu’il y avait dans la littérature ou qui était promis par l’industrie, ou par une lecture simplifiée des résultats en disant qu’il y avait 99% ou 95% de couverture », considère le professeur Raoult dans une vidéo publiée il y a trois mois.

Comme le dit professeur Raoult, il y a pu y avoir des erreurs d’interprétation à propos de cette notion d’efficacité. Les taux d’efficacité correspondent à la réduction du nombre de cas de Covid-19 observée entre un groupe non vacciné ayant reçu un placebo et un groupe vacciné, dans les conditions idéales d’essais cliniques, et peuvent donc varier en conditions réelles. Rappelons également que chaque vaccin a son taux d’efficacité propre, qui varie aussi avec l’arrivée des variants, et que le vaccin n’est prévu que pour lutter contre les formes graves de la Covid-19 : à l’issue des essais cliniques, les laboratoires n’ont jamais prétendu que les vaccins empêchaient la contamination.

Dans une autre vidéo, intitulée « Ce n’est pas toujours facile d’avoir raison ! », Didier Raoult suppose que le vaccin protège « beaucoup moins » contre le variant DELTA (indien), car « la moitié des cas qu’on a eus de variants indiens identifiés sont survenus chez les vaccinés », précise-t-il en présentant les données de tests réalisés par l’IHU. Effectivement, l’efficacité vaccinale n’est pas équivalente face aux variants.

La dernière étude qui porte sur plus de trois millions de personnes vaccinées au Royaume-Uni, réalisée conjointement par l’Université d’Oxford et l’Office national des statistiques britanniques (ONS) et pré-publiée jeudi, révèle qu’en effet les vaccins Pfizer et AstraZeneca verraient leur efficacité diminuer contre le variant Delta, et de plus en plus au fil des mois. Toutefois, les niveaux de protection restent supérieurs à ceux avancés par le professeur. Deux semaines après la deuxième dose, les vaccins de Pfizer et d’AstraZeneca semblent efficaces pour empêcher l’infection à 85 % et 68 % contre le variant Delta, mais cette protection chuterait respectivement à 75 % et 61 % au bout de trois mois. De plus, l’un des principaux intérêts de la vaccination massive est aussi de diminuer la probabilité d’apparition de nouveaux variants.

« La protection de l’infection naturelle est bien supérieure à la protection vaccinale »

Selon le professeur Raoult, « la protection de l’infection naturelle est bien supérieure à la protection vaccinale ». « On a observé chez ceux qui se présentent pour se faire tester, soit 600 000 tests PCR réalisés, (…) que les infections naturelles sont, sur les éléments que nous avons, au moins dix fois plus protectrices que les infections par vaccin, c’est-à-dire que les rechutes sont très rares par rapport aux infections chez les vaccinés », indique-t-il.

Didier Raoult va même beaucoup plus loin : pour lui, « la chance si on ne vous vaccine pas que vous ayez dans la semaine un Covid est moins importante que si on vous vaccine », dit-il dans une autre vidéo intitulée « Effet des vaccins & Corruption » parue il y a trois mois, indiquant avoir reçu dans son Institut 46 patients qui ont fait un Covid dans la semaine suivant l’injection. « Est-ce que ce sont des porteurs asymptomatiques pour lesquels la vaccination a déclenché une réaction qui fait qu’ils le sont devenus [positifs au Covid] ? », s’interroge-t-il, avant de préconiser des tests PCR pour ceux qui vont se vacciner.

Alors, le vaccin confère-t-il une moins bonne immunité qu’une infection naturelle ? Ce n’est pas ce que dit une des dernière études sur le sujet, publiée le 7 août par les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) aux États-Unis. Selon elle les personnes qui ont déjà eu le Covid et qui sont non-vaccinées auraient 2,34 fois plus de risques d’être réinfectées par rapport aux personnes complètement vaccinées avec Pfizer, Moderna ou Janssen. Cette étude se base toutefois sur une petite cohorte, 246 adultes du Kentucky qui ont été réinfectés par le virus entre mai et juin cette année après avoir été contaminés une première fois en 2020, et a été menée avant l’apparition du variant Delta, devenu la souche dominante du virus aux États-Unis à partir de la mi-juin.

« On trouve que les charges virales sont plus importantes chez les vaccinés »

Les personnes vaccinées resteraient également très contagieuses, selon le professeur Raoult. « Certains ont dit que les charges virales sont plus basses [chez les vaccinés, NDLR], mais c‘est faux, trois papiers montrent qu’elles sont au même niveau. Nous on trouve même que les charges virales sont plus importantes chez les vaccinés, on ne sait pas pourquoi. En tous cas, on ne peut pas dire que les vaccinés ne sont pas contagieux. Ils sont contagieux comme les autres », soutient-il mardi dans sa vidéo, sans pouvoir le justifier autrement que par l’observation de ses propres patients ni y donner une explication.

Sur cette question, il y a encore beaucoup d’inconnues et les résultats des différentes études varient, en particulier avec l’arrivée du variant Delta. Selon la dernière enquête de REACT-1 du 24 juin au 12 juillet portant sur près de 100 000 personnes, publiée le 4 août , les personnes totalement vaccinées auraient trois fois moins de risques d’être testées positives au Covid-19 que celles qui ne sont pas vaccinées. Les résultats de cette étude, réalisée par l’Imperial College de Londres et Ipsos MORI entre le 24 juin et le 12 juillet, montrent également que les personnes entièrement vaccinées seraient moins susceptibles que les personnes non vaccinées de transmettre le virus aux autres, en raison d’une charge virale plus faible en moyenne.

Mais le variant Delta est venu remettre en cause ces résultats, et l’étude pré-publiée jeudi par l’Université d’Oxford et l’Office national des statistiques britanniques conclut que « le pic de charge virale semble désormais similaire chez les personnes vaccinées et non vaccinées infectées, avec des implications potentielles pour le risque de transmission ultérieure ». Avec tout de même une nuance importante : « On ne sait pas dans quelle mesure cela peut se traduire par de nouvelles infections », car « un pourcentage plus élevé de virus peut être non viable chez les personnes vaccinées et/ou leur charge virale peut diminuer plus rapidement (…), entraînant des périodes plus courtes « à risque » pour la transmission du virus ». Précisions dont Didier Raoult ne fait pas mention.

« La politique extrêmement active de vaccination n’aura pas donné les résultats escomptés »

« Il est bien possible que la politique extrêmement active de vaccination n’aura pas donné les résultats escomptés », prédit déjà Didier Raoult dans une vidéo publiée il y a un mois, intitulée « Reprise de l’épidémie chez les personnes vaccinées ». Il prend l’exemple des Anglais « qui ont vacciné à tour de bras », mais où « le nombre de cas quotidiens est équivalent à celui du cœur de l’épidémie en novembre ».

Le cas de l’Angleterre est d’ailleurs fréquemment cité, au même titre qu’Israël, comme des exemples de l’échec des campagnes de vaccination massive. Dans sa dernière vidéo, il cite également le cas de l’Islande qui aurait « plus de cas [de Covid] que jamais alors que c’est le pays qui a été le plus vacciné de tous les pays développés ». Si le vaccin peut avoir « un rôle individuel pour protéger ceux qui ont le plus de facteurs de risques » ou « ceux qui sont surexposés », « on ne peut pas dire qu’il y ait un succès corrélé avec l’importance de la distribution du vaccin », développe-t-il.

Selon le professeur Raoult, la hausse des contaminations observée un peu partout dans le monde à cause du variant Delta serait donc « complètement déconnectée de l’importance de la vaccination ». Des pays moins vaccinés connaissent, en comparaison à leur population, moins de contaminations. En effet, l’Islande est bien l’un des pays qui a le plus avancé dans sa campagne de vaccination contre le Covid : près de 75 % des 368 000 habitants de l’île sont désormais entièrement vaccinés, et près de 81 % des résidents ont reçu au moins une dose de vaccin, selon les données du site Our World in Data.

Pourtant, à partir du milieu du mois de juillet, l’Islande a connu une hausse spectaculaire des contaminations, atteignant 433 infections le 9 août, soit un niveau plus élevé qu’aux pics des précédentes vagues d’infections. Cependant, selon les derniers chiffres des autorités islandaises, la gravité des cas ne suit pas la hausse des contaminations : 22 malades sont actuellement hospitalisés et 7 en réanimation, loin du niveau à l’automne (80 hospitalisations au pic de novembre 2020). Le dernier décès du à la maladie remonte quant à lui au mois de mai. Didier Raoult oublie de le mentionner et ses déclarations sur l’Islande ont donné lieu à un fact-checking complet de l’AFP.

« Est-ce que le vaccin diminue la gravité de la maladie ? Je ne sais pas »

Ces chiffres qui semblent indiquer une diminution de la gravité de la maladie avec la vaccination ne sont pas cités par le professeur Raoult. Selon lui, non seulement la vaccination actuelle n’est pas, ou très peu efficace sur le risque d’infection et la contagiosité, mais en plus rien ne prouverait qu’elle diminue la gravité de la maladie. « Est-ce que le vaccin diminue la gravité de la maladie ? Pour l’instant, c’est très difficile à évaluer », répond Didier Raoult. « Je ne sais pas le faire et je crois que pour l‘instant personne ne sait le faire, parce que nous n’avons pas assez de données et surtout pas assez de données indépendantes », explique-t-il.

À partir de ses propres observations à l’IHU, Didier Raoult assure que la différence en termes d’hospitalisation entre les personnes vaccinées et non vaccinées n’est « pas significative ». Mais s’agissant des observations de Didier Raoult sur l’efficacité du vaccin sur la gravité de la maladie, le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HM Jean-Luc Jouve, interrogé par France Inter, tient à rappeler qu’à l’IHU « il n’y a pas de réanimation, uniquement des services d’hospitalisation conventionnelle. Dès que la saturation en oxygène descend trop fortement, le patient est transféré à nos unités de soins intensifs et réanimation. Quand le professeur Raoult dit qu’ils vont bien dans son IHU, c’est que, quand ils ne vont pas bien, ils passent chez nous. » Autrement dit, si Didier Raoult ne « sait pas » estimer l’augmentation ou non des cas graves, ce serait en grande partie parce qu’il ne les voit pas.

Le professeur Jouve dénonce aussi « une malhonnêteté intellectuelle » : « L’an dernier, Didier Raoult explique qu’il ne peut pas attendre le résultat d’études randomisées pour administrer de l’hydroxychloroquine. Je comprends, on n’avait pas d’autre solution pendant la première vague. Aujourd’hui, il dit qu’il ne peut être sûr de l’efficacité du vaccin parce que les cohortes testées ne sont pas assez nombreuses. »

De plus, le constat de Jean-Marie Forel, médecin réanimateur à l’AP-HM, est bien différent de celui de Didier Raoult : « Fin juillet, à l’AP-HM, 87% de patients en soins critiques n’étaient pas vaccinés et en réanimation on est à 89% de non vaccinés ou avec un schéma incomplet de vaccination ». Des données qui confortent celles récoltées au niveau national par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la Santé (Drees) qui a publié une note le 30 juillet sur le statut vaccinal des patients admis en hospitalisation conventionnelle, en soins critiques, ainsi que sur les décès survenus durant la période du 31 mai au 11 juillet 2021.

Sur cette période, les non-vaccinés représentent près de 85 % des entrées hospitalières, que ce soit en hospitalisation conventionnelle ou en soins critiques, soit une proportion presque deux fois plus élevée que celle des personnes non vaccinées en population générale (45 %) en moyenne durant la période d’étude. À l’inverse, les patients complètement vaccinés comptent pour environ 7 % des admissions, soit cinq fois moins que la part des personnes complètement vaccinées en population générale (35 %) au même moment. 78 % des décès à l’hôpital de patients atteints de la Covid concernent des personnes non vaccinées, alors que 11 % concernent des personnes complètement vaccinées. Cela recoupe également ce que racontent l’immense majorité des soignants dans les services de réanimation, qui ont vu exploser les arrivées de patients non-vaccinés.

Une étude du CDC, parue le 18 août et basée sur les données d’hospitalisations pour Covid-19 à New York, montre entre le 3 mai et le 25 juillet que l’efficacité du vaccin contre l’hospitalisation restait plutôt stable (passant de 91,9% à 95,3%), tandis que l’efficacité du vaccin contre l’infection chute (de 91,7 à 79,8%). Au total, 1 271 nouvelles hospitalisations liées au Covid se sont produites chez des adultes entièrement vaccinés, contre 7 308 chez des adultes non vaccinés, détaille le rapport.

« Depuis le départ, je pensais que le vaccin chinois était plus raisonnable »

Comment le professeur Raoult explique une supposée inefficacité des vaccins actuellement distribués ? La raison selon lui est que le Covid-19 fait partie de ces maladies « qui rechutent », pour lesquelles « il est rare qu’on est des vaccins miracles ». « La situation sur le plan viral est la même que celle de la grippe ou de la dengue qui ont des variants », décrit le professeur.

Face à ce virus « instable », il s’agirait donc de « vacciner tous les ans » à la saison des infections, en réajustant le vaccin « en fonction des souches qui circulent ». C’est pourquoi, « depuis le départ je pensais que le vaccin chinois étais plus raisonnable », dit-il. Ce vaccin utilisant la technique du virus inactivé serait « au moins aussi bien » que les autres vaccins, avance Didier Raoult.

Il cite une vaste étude publiée dans le New England Journal of Medicine publiée le 7 juillet qui a été menée au Chili, de février à mai, sur une cohorte comprenant environ 10,2 millions de personnes, selon laquelle le vaccin inactivé CoronaVac du laboratoire chinois SinoVac protégerait à 65,9% contre l’infection par le Covid-19, préviendrait à 87,5 % l’hospitalisation, à 90,3 % l’admission en réanimation et à 86,3 % les décès liés à la maladie. Des résultats qui s’avèrent très similaires à ceux observés pour les autres vaccins.

Néanmoins, il semblerait que, comme pour les autres vaccins, son efficacité pour prévenir l’infection diminue avec l’apparition de variants. Le 3 août, les autorités sanitaires chiliennes ont publié un rapport sur l’efficacité des vaccins distribués dans le pays. L’étude indique cette fois que le vaccin Sinovac a été efficace à 58,5% pour prévenir les maladies symptomatiques sur une cohorte de 8 600 000 Chiliens qui l’ont reçu entre février et juillet. C’est moins que le Pfizer (87,69 %) et l’AstraZeneca (68,68 %), dont l’efficacité pour prévenir les maladies symptomatiques diminue également. Tous conservent une efficacité située entre 86% et 100% pour prévenir l’hospitalisation, l’admission aux soins intensifs ou en réanimation et la mort.

« Les vaccins qu’on a maintenant comportent des dangers qui ne sont pas identifiés »

Le vaccin chinois présenterait pourtant un autre avantage d’après le professeur Raoult : « Ce n’est pas une nouveauté technologique » qui présenterait des « manifestations totalement inconnues ». Le directeur de l’IHU souligne plusieurs fois les « conséquences imprévues » liées aux vaccins à ARN messager comme le Pfizer ou le Moderna, ainsi que ceux liés aux vaccins à adénovirus comme l’AstraZeneca. Il assure que « les vaccins qu’on a maintenant (…) comportent des dangers qui ne sont pas identifiés ».

« On peut penser que le risque relatif dans une situation d’urgence est raisonnable », déclare le professeur, « mais quand on va avoir des vaccins qui sont sûrs, dont on connait et on peut prévoir le type de réaction, il faut choisir ceux-là, plutôt que des vaccins qui nous font partir à l’aventure. » Pourtant, la technique de l’ARN messager, contrairement à ce que dit Didier Raoult, n’est pas non plus une réelle nouveauté. Steve Pascolo, chercheur à l’université de Zurich et ex-dirigeant du laboratoire Cure Vac, explique ainsi à France Inter que « Le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole), fonctionne avec des virus à ARN atténué. Les vaccins de type ROR contiennent beaucoup d’ARN, de lipides, de  protéines différentes, ils sont produits dans des œufs fertilisés. Alors que les vaccins ARN nouveaux ne contiennent que la molécule d’ARN, seule, pure, et quatre lipides. Autrement dit, la version à  ARN messager est beaucoup plus pure et plus sûre que les vaccins à ARN  produits de façon naturelle, que vous avez eus précédemment. »

Le vaccin qui trouvera grâce aux yeux de Didier Raoult sera « beaucoup moins cher et plus traditionnel ». Il s’agit du vaccin protéique ou à protéines recombinantes avec l’ajout d’adjuvants pour améliorer la réponse immunitaire, développé par les laboratoires français Sanofi-GSK et en cours d’examen par l’Agence européenne du médicament (EMA). Un vaccin pour lequel l’essai clinique de phase 3 n’est d’ailleurs pas terminé, même si l’EMA a décidé d’en observer les résultats au fur et à mesure.

Comme pour tout traitement, il y a bien des cas d’effets indésirables possibles des vaccins qui font l’objet d’une surveillance par l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) qui publie chaque mois un rapport de surveillance. Dans son dernier rapport, l’ANSM indique qu’elle a enregistré depuis le début de la vaccination, 70 288 cas d’effets indésirables sur plus de 72,7 millions d’injections (soit 0,09 %) de vaccins Pfizer, Moderna, AstraZeneca ou Janssen, dont 25 % de cas graves. Ces effets indésirables font également l’objet d’une surveillance par l’EMA.

Parmi ces effets, les plus fréquents sont peu graves (réaction au site d’injection, fatigue, céphalées, frissons, douleurs musculaires et articulaires, fièvre et diarrhée, nausées etc). Mais on trouve également, parmi les quelques signaux confirmés par l’ANSM ou l’EMA comme ayant un lien possible avec la vaccination, de très rares cas d’hypertension artérielle, d’hypersensibilité ou anaphylaxie, de paralysie faciale, de myocardite ou péricardite, de troubles thromboemboliques, de syndromes pseudo-grippaux, de syndromes de fuite capillaire et de syndrome de Guillain-Barré. S’agissant des troubles menstruels signalés par des femmes vaccinées, « nous ne pouvons pas à ce jour établir de lien entre la vaccination et les troubles menstruels, les causes de ces troubles pouvant être multiples », précise l’ANSM.

Quant aux cas de décès déclarés, « les données actuelles ne permettent pas de conclure qu’ils sont liés au vaccin », conclut l’Agence qui évoque un cas de choc anaphylactique survenu 10 minutes après l’injection du vaccin Janssen chez une personne septuagénaire sans antécédent allergique connu. De son côté, l’OMS parle de possibles très rares cas d’anaphylaxie pour les vaccins ARN et associe les vaccins à adénovirus à de rares cas de thromboses. Mais dans tous les cas, toutes ces institutions s’accordent à dire que les bénéfices de ces vaccins sont bien supérieurs aux risques.

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