Comment se faciliter la vie ? Avec le philosophe Ollivier Pourriol

.

Ollivier Pourriol – Charles Pépin © Radio France / Estelle Gapp – Aurore Juvenelle
L’intro-fiction de Charles Pépin 

Je voudrais vous raconter l’histoire de la facilité ou plutôt, l’histoire d’un homme. C’est un ancien de l’adolescence, il a passé le plus clair de ses années lycée à avoir peur de rougir. Monter sur l’estrade, c’était monter sur l’échafaud. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne fut pas facile, son adolescence française : une vie à passer au tableau, le rouge au front et les oreilles cramées, une vie à oublier jusqu’au sujet de l’exposé, à perdre ses moyens et ses mots. Il s’est tellement planté qu’il a fini par en tirer… une forme de confiance. Au fond, on n’en meurt pas… Et quand on part de si bas, on ne peut que s’améliorer. C’était il y a quoi… 20 ans ? 25 ans ? 

  Aujourd’hui son métier c’est de parler, il enchaine les conférences comme Djokovic les titres du grand Chelem et, aujourd’hui, sans même une pensée pour l’adolescent qu’il fut, il vient de prendre la parole. Il a commencé par une blague qui a marché tout de suite, les 200 personnes se sont marrées et il s’est senti autorisé à commencer par une digression. Cette digression en a appelé une autre et puis une autre encore et les 200 personnes ont arrêté de rire : elles se sont mis à sourire, sourire d’un beau sourire, doux, séduit, attentif, et lui 

Il est porté par tant de sourire et de douceur, il ne parle plus il vole

Il vient de rejoindre son sujet et d’entrer dedans comme un surfeur qui prend une vague, ses idées s’enchainent sans aucun effort, il n’a rien à faire qu’à les accueillir, les laisser se déployer, résonner, faire le job toutes seules, elles s’appellent, s’enlacent et se répondent et quand arrive sa thèse, quand sonne sa conclusion il est comme sonné, surpris de tant de fluidité, de limpidité, de flow, surpris de tant de facilité. 

  Mais qu’est-ce qui s’est passé, depuis la boule au ventre de son adolescence ? Est-ce qu’il a compris un truc ? Eté visité par le dieu de l’éloquence ? Est-ce simplement qu’il s’est entrainé jusqu’à atteindre les fameuses 10 000 heures ? Est-ce qu’il a rencontré le bonheur ? 

Est-ce qu’il a cessé de vouloir pour entrer dans le désir, dans la lumière de son désir ? 

Est-ce simplement qu’il a appris à s’en foutre, à cesser de se mettre la pression ? 

   Pour en parler ce matin, de la facilité et du relâchement, de la grâce également, de la grâce et de la présence, j’ai la joie de recevoir le philosophe et romancier Ollivier Pourriol, scénariste et créateur de Cinéphilo, qui nous a rejoint sous le soleil de Platon pour nous aider à réfléchir à cette belle question : 

« Comment réussir sans forcer ? Comment atteindre la facilité ? »
Aller plus loin  

lire aussi

Nouvelles connexes