plusieurs fusillades par semaine et cette fois c’est un adolescent qui a été criblé de balles

Un garçon de 14 ans est mort mercredi, touché par une rafale de kalachnikov. Un autre, du même âge, est grièvement blessé ainsi qu’un enfant de 8 ans touché à la tête par l’une des 8 douilles retrouvées après le passage d’un commando à scooter. C’est le dernier épisode d’une nouvelle flambée de règlements de compte.

Rue Léon Perrin à Marseille, dans le 3e arrondissement, théâtre de l’une des fusillades mortelles de la semaine dernière © Radio France / Emmanuel Leclère

Homicides, fusillades, règlements de compte liés en grande partie à des guerres de territoire et des vengeances entre narcotrafiquants… À Marseille, plus de dix morts seraient liées à des règlements de compte « stups » en quelques semaines seulement.

Un commando, un scooter de grosse cylindrée, deux passagers. Celui à l’arrière est armé d’un fusil. Ce mercredi soir vers 22 heures, les deux silhouettes casquées arrivent devant l’entrée d’un parking connu pour être un point de « deal » de la cité des marronniers dans le 14e arrondissement de Marseille. Des adolescents et un enfant discutent. L’un d’eux – au moins – est manifestement considéré par le commando comme un « chouffe », un guetteur à éliminer. Le passager du scooter vide une partie du chargeur de son fusil d’assaut, de « type kalachnikov » précise le rapport de police. Les tirs survenus ce mercredi soir à Marseille « visaient un point de guet » à « l’entrée de la cité des Marronniers », souligne ce jeudi matin le communiqué du parquet de Marseille.  

À lire  –  

Justice

« BAC Nord » au cinéma : rappel des faits réels avant la fiction sur grand écran

Ce scénario tragique ne surprend personne à Marseille, mais le fait de tirer comme cela sur des « minots », « c’est terrible » confiait jeudi matin une élue de la nouvelle majorité municipale. Invité de France info, le maire PS de la ville, Benoît Payan, a estimé qu’à Marseille, « on peut acheter une Kalachnikov comme on achète un pain au chocolat ». « Ça doit s’arrêter, c’est à mon avis un des objectifs que doit poursuivre le ministère de l’Intérieur » plaide-t-il. L’une de ses adjointes, Samia Ghali, a utilisé quasiment la même formule la semaine précédente à la suite d’une fusillade, mortelle là encore, dans le 3e arrondissement : « on peut se procurer une kalachnikov comme on achète une paire de basket ». Ces élus dénoncent une perte nette de policiers ces dernières années, l’abandon aussi de stratégies globales qui permettaient de réunir l’ensemble des acteurs pouvant contribuer à une meilleure sécurité.

Plus de policiers mais pas seulement

En déplacement à Marseille justement, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a rappelé jeudi que 100 policiers supplémentaires, sortis d’école, allaient débarquer début septembre. Ils viendront s’ajouter aux quelques deux cents CRS qui désormais seront déployés en permanence à Marseille et ses environs. Ils étaient déjà présents ces dernières semaines sur les plages notamment, « et on a vu la différence avec l’année précédente » ; et le ministre de préciser qu’ils « participeront à des interventions dans le cadre de la lutte contre les trafics de drogue ». L’objectif de Gérald Darmanin, il s’en est déjà expliqué, est de « harceler » les consommateurs à coups d’amendes forfaitaires délictuelles dissuasives (avec possibilité d’inscription au casier judiciaire) afin de les empêcher de venir tranquillement s’approvisionner dans l’un des 140 points de vente de la cité phocéenne.

Gérald Darmanin est allé dans le sens des élus marseillais, en rappelant qu’il considérait les policiers comme des urgentistes mais, qu’ensuite, il fallait bien une approche à long terme avec l’ensemble des acteurs de terrain. Il a également plaidé pour plus de vidéo protection à Marseille. 

Le ministre, qui était à Gardanne ce jeudi, toujours dans les bouches du Rhône, a redit à quel point « ces faits absolument inacceptables » montrent « la terreur qui s’installe dans des quartiers ou des cités dont on sait qu’ils sont la proie des trafiquants de drogue ». Le ministre dénonce au passage tous ceux qui, en achetant de la drogue, alimentent des gens qui exploitent des enfants, des migrants, qui les envoient tuer d’autres adolescents, qui les torturent quand ils rechignent à la tâche. Des gens qui empochent parfois près de 100 000 euros par jour de chiffre d’affaires en liquide.  

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en déplacement à Marseille, a encouragé la police à « continuer à imposer la règle républicaine contre les trafiquants de drogue ». © Radio France / Emmanuel Leclère
Des armes illégales en libre-service ?     

Ces homicides en série révèlent l’importance des trafics d’armes. Toutes les notes de renseignement criminel de ces dernières années montrent à quel point les trafiquants ont cherché à « sécuriser » leurs points de vente en armant leurs « charbonneurs », c’est-à-dire leurs vendeurs. Et pour certains, ils les ont incités à utiliser ces mêmes armes pour aller déloger la concurrence ou pour se venger en cas de soupçon de trahison – cas classique, l’accusation d’être une balance qui cherche à monter dans la hiérarchie.  

Au début des années 2000, les enquêteurs parlaient de trafics de « fourmis », entre le sud ou l’est de la France et les Balkans. « Fourmis », donc très difficilement détectables. Les trafics se faisaient à l’occasion d’allers-retours en voiture de la part de personnes appartenant à des familles ayant fui les guerres de l’ex Yougoslavie, retournant dans leur pays d’origine le temps d’un séjour. Elles ramenaient entre un et cinq kalachnikovs, dans le coffre, soulignait à l’époque Franck Douchy, l’ancien chef de l’office central de lutte contre le grand banditisme. Rien qu’au Kosovo, les responsables européens de lutte contre les trafics d’armes estimaient que plus de 300 000 armes étaient en circulation. Et donc potentiellement à vendre…

Mais la forte demande a visiblement encouragé certaines vocations. La dernière affaire judiciaire particulièrement spectaculaire menée par la Brigade de répression du banditisme « 36 », la police judiciaire parisienne, a mis au jour, au début de cette année 2021, un réseau de trafiquants dont deux membres étaient des militaires. Plus de 200 armes à feu ont été saisies. Certains des 8 suspects interpellés rachetaient des fusils d’assaut et des armes de plus petit calibre à des collectionneurs. Des armes « démilitarisées » qu’ils remettaient en ordre de marche. Ces trafiquants revendaient leurs armes d’un côté dans le milieu du grand banditisme et de l’autre à des acteurs de l’ultra droite.

« Il faut regarder aujourd’hui tous les nouveaux conflits comme en Lybie pour voir les nouvelles filières », dit un très bon connaisseur de ces dossiers. « On a aussi des livraisons par la poste classique et en pièces détachées d’armes achetées légalement aux États-Unis type AR15 ». Ces armes sont ensuite reconfigurées en France.

« On a », poursuit cette même source, « la mode actuelle des casses d’armureries entre la Suisse et la région lyonnaise ». Or ces équipes seraient très proches de gros trafiquants de drogue…

Indice supplémentaire de l’accessibilité des armes, tous les enquêteurs, police, douanes, gendarmerie, qui travaillent sur le dark web et qui ont infiltré – voire démantelé – plusieurs supermarché de la contrebande, racontent tous être à un moment tombés sur des catalogue d’armes livrables en 48H chrono, promotions comprises. Tous ont pu constater à quel point il est facile pour des voyous de se procurer une arme.

À lire  –  

Société

Comment la police a utilisé une fausse messagerie pour éviter plus de 100 assassinats

Les armes étaient là, et elles ont servi ces derniers jours 

À Marseille, ce déluge de feu ces dernières semaines ne surprend pas les sources proches des enquêtes judiciaires rencontrées ces derniers jours. Alors que le nombre de règlements de compte a été divisé par deux, environ, depuis 2010, cette flambée soudaine serait le résultat de plusieurs facteurs. 

Parmi eux, on trouverait pêle-mêle : l’arrestation récente d’un très gros trafiquant marseillais à Dubaï, arrestation qui rebattrait pas mal de cartes ; la libération d’un autre très gros bonnet de la drogue en avril dernier issu d’une fratrie redoutée ; et puis les sorties de prison d’autres caïds arrêtés en 2014 lors de l’une des plus grandes enquêtes de police judiciaire  jamais menée à Marseille, contre des membres d’une bande de la cité Bassens. « On pensait vraiment que les têtes de réseau prendraient 20 ans de prison » regrettait mercredi l’un des chefs de l’opération de l’époque ; « mais au final, ils ont pris 10 ans et leurs lieutenants un peu moins. Ils sont en train de sortir les uns après les autres… ». « On peut donc penser que certains ont un certain nombre de comptes à régler en interne et par exemple contre leurs vieux ennemis de la Paternelle [autre cité marseillaise] », explique un policier marseillais. Et visiblement des parts de marchés à reconquérir, quel qu’en soit le prix…   

À lire  –  

Justice

Les chiens spécialisés dans la recherche de stupéfiants et de billets de banque, meilleure arme de la police

lire aussi

Nouvelles connexes