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Fatima, Épisode 1, La honte doit changer de camps

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Fatima est franco-algérienne. Elle grandi dans une petite ville bourgeoise du sud-est de la France et très jeune, elle fait face aux discriminations et aux préjugés liés à ses origines. Dans ce premier épisode, elle témoigne de son enfance, de la honte qui l’habite et de l’injustice qui l’indigne.

Femme faisant la prière chez elle. © Getty / Godong

Quand j’ai rencontré Fatima, j’avoue, je suis tombée dans le piège, je me disais qu’elle avait aucun soucis cette meuf, que sa vie c’était un long fleuve tranquille et qu’elle se croyait dans un monde de bisounours. 

Entre temps, j’ai appris à la connaître… J’ai compris que j’avais mal compris. J’ai appris à accepter qu’elle pose sa main sur mon épaule, qu’elle soit tout le temps positive et surtout qu’elle répande cet optimisme. Je l’ai rencontré dans un moment important de ma vie. C’était pendant l’écriture de la petite dernière et lorsque j’ai ressenti l’envie très forte d’être entourée de personnes qui pouvaient me ressembler, me comprendre et m’accueillir. 

Quand je vois Fatima : je pense au bien-être, au soin, à la sororité, à la justice et aux luttes. En fait j’ai plein d’autres choses en tête. Ce qui anime Fatima, c’est la lutte pour la justice. En tant que chercheuse, en tant que sociologue, Fatima a l’habitude de parler, mais aujourd’hui je voudrais qu’elle parle d’elle, de son enfance, de l’école, du racisme, de la honte, de la précarité, et de l’importance de prendre la parole. 

Extraits de la rencontre :

“Se réapproprier sa spiritualité”

Fatima : “Je trouve que dans la société majoritaire, il y a d’une part le fait de réclamer le droit d’avoir cette relation avec Dieu et de faire partie de cette société, et dans le groupe religieux duquel on fait partie, réclamer le droit d’être queer ou pas queer, d’être une femme ou d’être un homme et de m’inscrire dans la spiritualité et de refuser d’être coupé en deux.” 

“Quand j’étais plus jeune, toutes les interdictions, tous les tabous m’ont éloigné de Dieu. Et en tant que femme, on n’avait pas cet accès à Dieu”

Se réapproprier son histoire, c’est aussi se réapproprier sa spiritualité. Et ne laisser personne nous excommunier ou décider si on a le droit d’être musulmanes ou pas.

La violence de la précarité  

Fatima : “La pauvreté c’est quelque chose de beaucoup plus profond et qui nous définit beaucoup plus que ce qu’on veut bien le croire et qui nous suit même très, très, très, très longtemps après que la situation ait commencé à s’améliorer. 

On ne se rend pas compte que ce qui est pris aux précaires. Ce sont des moments de vie, en fait. C’est du temps volé.” 

La honte ne m’a jamais quittée et je ne sais pas si on se débarrasse de sa honte

F.D : “La honte, c’est un peu comme une deuxième peau, comme une odeur qui ne veut pas partir, comme un souvenir qui nous hante. Alors, bien sûr, il y a la honte, mais aussi ce qu’il l’a produit : le racisme.” 

“On met une énergie folle à essayer de cacher sa pauvreté”  

Je pense que j’en ai marre de la double peine. De subir la discrimination et devoir avoir honte de la subir. Je crois que la honte doit changer de camp et que cette prise de parole, elle, vise aussi à ça.” 

L’école, entre carcan et échappatoire 

Fatima : “J’avais l’illusion pendant longtemps que si j’étais bien éloquente, intelligente, brillante, on me jugerait sur ce que je vaux et pas ce à quoi je ressemble, ou les projections qui étaient faites sur moi et sur la personnalité que j’étais censée avoir.

On ne m’a jamais pardonnée d’être meilleure en classe que des élèves blancs.

Je n’étais pas à ma place ou en tout cas à celle qu’on m’avait assigné 

La seule porte de sortie pour nous c’était l’école. Il y a eu réparation pour mes parents le jour où leurs filles ont appris à écrire et à lire. Il y a une partie qui était maintenant entre nos mains” 

Je me suis accrochée à l’école comme on s’accroche à une bouée au milieu d’une tempête.

La suite à écouter

La programmation musicale

Kerry James – Banlieusards 

Arlo Parks – Hope 

Aller plus loin

? LIRE : La petite dernière, Fatima Daas, Edition Noir sur blanc 

? ECOUTER :  Le choix musical de Fatima : Kerry James – Banlieusards  

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