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la propagande des organisations djihadistes sur Internet

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L’agence européenne de police Europol vient de publier un rapport sur la présence des groupes djihadistes sur Internet. Principal enseignement : alors qu’elles perdent du terrain dans leurs zones, ces organisations misent sur la propagande en ligne, afin d’inciter leurs sympathisants à passer seuls à l’attaque.

Europol vient de publier un rapport sur la présence des groupes djihadistes sur Internet © AFP / ANP / Jerry Lampen

En perdant des territoires, le groupe État islamique a également perdu des moyens financiers et humains pour entretenir son image sur Internet. Dans son troisième rapport sur la propagande djihadiste en ligne, l’organisation européenne de police criminelle Europol note un recul des messages émis en ligne par l’organisation islamiste, que ce soient les communiqués officiels, les magazines, les vidéos ou messages audio. Mais le groupe État islamique ne renonce pas à une présence sur le web pour autant : il en appelle à ses sympathisants pour faire circuler au maximum son idéologie

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Objectif atteint, selon Europol. À peine supprimés par les autorités compétentes, les sites relayant les messages de l’organisation renaissent sous un nouveau nom de domaine, à l’initiative de particuliers adhérents à sa cause. Le tout appuyé par des spécialistes du cyberespace. L’un d’eux, spécialisé dans la sécurité, est même allé jusqu’à organiser des réunions hebdomadaires en ligne et proposer des discussions en plusieurs langues afin de conseiller les animateurs de pages web djihadistes et leur permettre de rester sous les radars des services antiterroristes.

L’un des principaux objectifs de cette propagande est d’inciter, ceux qui y seraient sensibles, à passer à l’acte et perpétrer un attentat seuls, sans appui logistique ou appel direct du groupe État islamique. Il s’agit, pour l’organisation, de toucher un plus grand nombre de sympathisants potentiels derrière leur ordinateur. Des internautes souvent jeunes, à l’image de l’auteur de l’attaque contre Samuel Paty, en octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine, dont aucun service spécialisé n’avait perçu les funestes projets. Dans le but d’atteindre un maximum de personnes réceptives à ses messages, l’État islamique appelle donc à relayer son idéologie, souvent via messageries cryptées, mais également par des vecteurs plus inattendus, tels que des plateformes de jeux vidéo en ligne (et leurs espaces de discussions) ou les sites de partages de photos. Europol organise d’ailleurs régulièrement des opérations auprès de ces lieux hébergeurs, afin de les amener à faire le ménage sur leurs sites

Rivalité entre organisations

Si Internet représente un instrument de recrutement majeur pour les groupes djihadistes, il est aussi un terrain de conflit ouvert entre ces mêmes organisations. Le groupe État islamique diffuse ainsi de nombreux messages visant à affaiblir la crédibilité des différentes branches d’Al-Qaïda, ouvertement accusées de s’éloigner de l’idéologie islamiste. Une fois, elle accuse les dirigeants d’Al-Qaïda d’être de mèche avec l’armée yéménite. Une autre, après qu’Al-Qaïda met en ligne quatre vidéos dans laquelle elle dénonce la présence d’espions dans ses rangs, le groupe État islamique diffuse l’information selon laquelle « AQ » tuerait les siens pour des soupçons d’espionnage fondés sur de seules rumeurs. 

De son côté, Al-Qaïda choisit de se présenter comme « moins extrémiste » que son concurrent, essayant de se donner l’image d’un groupe rejetant le meurtre de civils musulmans. En ne revendiquant pas toutes ses attaques, le groupe essaye de nouer des liens avec les populations locales, afin de s’y implanter. Mais l’organisation et ses branches locales n’en mènent pas moins une propagande intense en ligne, via une agence de communication dédiée. Cette dernière a même lancé une application pour téléphones portables, présentée comme « le plus puissant et rapide service d’informations djihadistes ».

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Conseils sanitaires

Europol souligne également que l’épidémie de Covid-19 a fourni de nouveaux axes de propagande aux terroristes. Al-Qaïda insiste ainsi sur le fait qu’il s’agirait-là d’une opportunité offerte aux musulmans d’obtenir le pardon de Dieu en apportant leurs aides aux djihadistes et à leurs proches, et libérant les membres de l’organisation emprisonnés. Les non-musulmans sont, quant à eux, invités à profiter du confinement pour se renseigner sur la culture islamique

De son côté, le groupe État islamique appelle à entretenir le climat d’incertitude et frapper des sociétés occidentales décrites comme « affaiblies » par la pandémie. L’organisation a consacré de nombreuses diffusions à la situation sanitaire, présentée comme « le pire cauchemar des Croisés ». En mai, le porte-parole de l’organisation parle, dans l’un des trois messages audio qu’il a émis en 2020, de « punition divine ».  Mais la propagande n’est pas faite que de vocabulaire martial et appel aux attaques sanglantes : le groupe État islamique utilise également internet pour prodiguer des conseils sanitaires. Façon d’essayer de montrer à ses sympathisants potentiels – toujours dans cet objectif de communication – que l’organisation est en mesure de prendre soin des siens… et gouverner un éventuel califat.

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